L’assassin habite dans le 21

Attaque à la pioche

Date : 10 décembre 1840
Lieu : rue Rolin

Victime : Claudine Ornot

Accusés : M. Caramel et Marie Garnier

Objet du rapport : mauvais traitements et assassinat

Pièces-jointes : Document 1 - Document 2 - Document 3

Au cours du mois de décembre 1840, une lettre anonyme et non datée est déposée au commissariat de police de la ville de Beaune. Celle-ci, écrite à la va vite sur un papier de mauvaise qualité par une personne qui admet ne pas maitriser l’écriture, témoigne d’une affaire sordide ayant lieu rue Rolin. Cette lettre est aussi un appel urgent annonçant les mauvais traitements et la possible mort d’une femme nommée Claudine Ornot. Deux agents de police nommés Bouley et Soulié se chargent d’enquêter sur les lieux et d’obtenir les témoignages des voisins afin d’en savoir plus. Les Archives conservent la lettre anonyme et le rapport de police.

Les faits

Cette affaire met en cause la personne de Monsieur Caramel, coupable, selon ses voisins, de vols à répétition et de maltraitance sur la personne de Claudine Ornot.

Le premier agent recueille d’abord le témoignage d’Anne Pommier voisine demeurant rue Rolin, face à la maison de Claudine Ornot et Caramel. Elle déclare que lors de la dernière saison des vendanges, une de ses amies nommée Jeanne Thévenot dite « Jeanon » ainsi que d’autres voisines

« avaient vu Claudine Ornot dans un état voisin de la nudité, n’ayant sur le corps qu’une mauvaise robe déchirée » ;

après plusieurs interrogations de « Jeanon » sans réponse de la part de Claudine Ornot, celle-ci s’est tournée vers Caramel en lui demandant pourquoi il laissait cette femme dans un tel état. Celui-ci n’a eu de réponse que « si vous êtes assez hardie, mettez-lui vous-même ! ».

Jeanne Thévenot déclare, par la suite, que deux messieurs nommés Carré et Nargeolet, accusés de vols,

« étaient journellement chez Caramel où ils faisaient leurs orgies, que même il y couchaient quelques fois. ».

Elle ajoute qu’un jour, elle a aperçu Claudine Ornot « triste et pensive ». Interloquée, elle lui a demandé pourquoi. Cette dernière a fini par avouer qu’elle avait faim. Jeanne Thévenot lui a donc apporté un morceau de pain mais fut menacée et insultée par Marie Garnier, concubine de Caramel, opposée au fait que d’autres personnes nourrissent Claudine Ornot. Jeanne Thévenot dit enfin qu’après avoir vu Claudine Ornot quasiment nue en ces jours de froid, elle ne l’a plus croisée dehors.

Un autre témoin, Marie Poulain, demeurant au n°2 de la rue Rolin, déclare qu’elle a entendu en pleine nuit des cris venant de la même maison. Elle a distingué ces paroles « laissez-moi donc ! » et « tu es une garce ! ». Le lendemain, elle a aperçu Claudine Ornot nue et depuis ce jour, ne l’a plus revue.

Monsieur Dupont-Douche, ancien boucher, atteste avoir vu Marie Garnier

« maltraitant Claudine Ornot à qui elle assenait des coups de poings sur la tête et des coups de pieds dans les jambes, la traitant de vieille salope et autres injures semblables ».

La lettre déposée nous en apprend davantage sur le passé de Claudine Ornot, femme veuve d’un certain âge, avait perdu une sœur à laquelle elle tenait. Elle a fait connaissance d’un homme, veuf également qui lui a laissé une somme d’argent après sa mort précoce. Une amie de Claudine Ornot lui a conseillé d’accueillir Caramel, immigré italien chassé de son pays, dans sa maison et de lui confier son argent. Selon la lettre, les premiers temps se sont déroulés paisiblement. Puis Marie Garnier s’est installée chez Claudine Ornot, devenant la concubine de Caramel :

« mais voilà six mois qu’ils la font souffrir : ils lui font boire de l’eau-de-vie, ils ne lui ont pas donnée à manger, sont saouls, l’ont battu de temps en temps […] Comme je ne suis pas du quartier, je pense qu’elle est morte […] Je voudrais bien que vous en faisiez part à Monsieur le procureur du roi, faire des recherches auprès des voisins, ils vous diront la vérité, vous pouvez me croire Monsieur. »

Tous les déposants s’accordent à dire que

« la maison de Caramel sert journellement de refuge à de mauvais sujets », que « la concubine de Caramel avait un enfant de sexe masculin qui doit avoir l’âge de dix ans », et que « cet enfant a disparu depuis environ quatre mois sans que l’on sache ce qu’il est devenu ».

Le rapport de police se termine par cette phrase :

« Claudine Ornot est décédée le 10 de ce mois ».

Nous n’en savons pas la cause exacte, ni le lieu où a été découvert le corps. Nous ne savons pas non plus ce qu’est devenu l’enfant.

Sources :

Archives municipales de Beaune I1 §11, article 1, n°1. Crimes et délits