L’assassin habite dans le 21

Crime et fausse monnaie

Date : Nuit du 23 au 24 juillet 1760
Lieu : Faubourg St Nicolas (deumeure du sieur Chavansot)
Victime : Reine Doridot
Accusés : Thevenois, Moingeon et Montant
Objet du rapport : Viol, assassinat et fausse monnaie

Pièces-jointes : Document 1 - Document 2 - Document 3

Henri Clemencet naît à Beaune le 6 avril 1741 et meurt dans cette même ville le 4 juin 1830. Après des études chez les Oratoriens, il devient, comme son père, tailleur de pierre et entreprend son tour de France. Il a laissé trois volumes manuscrits où se mêlent mémoires et poèmes très utiles pour la connaissance du milieu beaunois du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Ils permettent notamment d’appréhender la période révolutionnaire sur laquelle Clemencet a beaucoup écrit. Ces trois volumes sont riches d’anecdotes évoquant les événements marquants de la vie beaunoise, on y découvre des accidents climatiques, des bouleversements économiques et politiques mais aussi de vils faits divers qui occupent largement l’esprit de notre tailleur de pierres.

Ainsi, dans la nuit du 23 au 24 juillet 1760, la demeure du marchand commissionnaire en vins, Chavansot, résidant au faubourg Saint-Nicolas, est le théâtre d’un sordide assassinat. En effet, Reine Doridot, domestique du sieur Chavansot est retrouvée morte et violée au petit matin.

Les faits

« On trouve la fille morte acroupie contre un fauteuil sur le plancher ». Reine Doridot, « après avoir été visitée » a reçu « un seul coup de couteau dont la lame arrondie par le bout avoit fait une playe fort large dans le cou [...] et qui tendoit jusque dans la poitrine ».

L’arme du crime, « un couteau à poignée d’argent » est retrouvée sur place. Une enquête de voisinage commence immédiatement mais les autres domestiques semblent n’avoir rien entendu. La maison est entièrement fouillée, on découvre alors des monnaies en quantité :

« on soupconne qu’il y avoit une méchanique à faire des Louis d’or ».

Le maître des lieux, Chavansot, suspecté de fabriquer de la fausse monnaie, disparaît dans la nature. Certains artisans ayant travaillé pour lui sont également soupçonnés et arrêtés pour cette même raison puis relâchés faute de preuve. Pendant ce temps, les assassins courent toujours.

Le meurtre trouve toutefois sa résolution peu de temps après : trois hommes sont à leur tour appréhendés : Thevenois (orfèvre), Moingeon (médecin) et Montant (chef des commis au bureau de l’octroi). Thevenois, déjà embarqué dans une autre affaire « malheureuse et criminelle » de fraude à la gabelle, est jugé et pendu à Dijon l’année suivante pour le meurtre de Reine Doridot et sous l’accusation de fausse monnaie qui lui est ainsi attribué, ce qui dédouane Chavansot de ce délit. Rappelons que la fabrication de fausse monnaie est, sous l’Ancien Régime, considérée comme un crime de lèse-majesté et passible de la pendaison.

Un autre Beaunois contemporain de Clemencet, Jacques Dorland, évoque les mêmes faits dans ses notes, mais indique que l’argenterie a disparu alors que Clemencet précise qu’on avait retrouvé de la monnaie et que rien n’avait été touché. Les deux versions sont donc divergentes, laissant ainsi planer le doute sur les mobiles du meurtre. La mention du meurtre de Reine Doridot apparaît également dans le registre des sépultures de la paroisse Saint-Nicolas où elle est enterrée.

Note des archivistes

Thevenois est donc puni pour deux crimes : le meurtre de Reine Doridot et la fabrication de fausse-monnaie. Est-il réellement coupable des deux affaires ? Ses complices étant en fuite, nul ne put connaître le fond de l’affaire. Est-il le bouc émissaire idéal pour un meurtrier qui a échappé à sa peine ?

Sources :

Archives municipales de Beaune, Journal d'Henri Clémencet