L’assassin habite dans le 21

L’homme au sabre

Date : 3 mai 1730
Lieu : Rue Saint-Martin
Victime : Gabrielle Mignotte
Accusé : Jacques Mignotte

Objet du rapport : Tentative d'assassinat

Pièces-jointes : 1 document

3 mai 1730. Les plaintes se bousculent depuis quelques heures déjà auprès des autorités de Beaune. Celles-ci émanent des habitants de la rue Saint-Martin (actuelle rue Marey), lassés de se voir chaque jour et chaque nuit confronté à un homme, Jacques Mignotte, 36 ans, charpentier de métier, qui ne cesse de courir et hurler dans cette même rue, tantôt un sabre, tantôt une épée à la main. Grâce à ce stratagème, notre individu menace d’entrer dans les maisons et d’y assassiner sans vergogne ses habitants. Cela dure depuis six années consécutives.

Les faits

La veille de l’arrestation, alors que Jacques Mignotte réitère ce même scénario effrayant, un nommé Parizot, lieutenant du régiment de cavalerie d’Anjou, tente de maitriser l’homme à l’épée en le sermonnant. Jacques Mignotte ne l’entend pas de cette oreille et décide de se poster trois heures durant la nuit derrière la porte du lieutenant. Mais aucun acte malheureux n’est encore commis.

Le lendemain, jour de notre affaire, Jacques Mignotte tente d’entrer chez son beau-frère Antoine Bourrelier et sa sœur Gabrielle Mignotte. Le couple tient une boutique. Ce jour-là, elle est fermée, l’entrée protégée par un « chassy en toille ». Gabrielle Mignotte accueille souvent son frère, sous la contrainte néanmoins. Jacques Mignotte n’est pas seul : il est armé de son épée. Voulant entrer par la force, hurlant qu’il a l’intention de tuer sa sœur, Jacques Mignotte entre brusquement dans la maison. Avant qu’il ne commette un homicide, l’individu est maitrisé par les voisins de Gabrielle Mignotte. Mais il n’en reste pas là. Tiré en dehors de la maison, Jacques Mignotte parvient tout de même à planter son épée à divers endroits du « chassy en toille ». La malheureuse Gabrielle se trouvant derrière la toile au même moment, a l’instinct de se jeter à terre afin d’éviter les coups. Elle est tout de même sérieusement blessée au cou.

Prévenues par les voisins, les autorités décident de se rendre sur place et trouvent une Gabrielle Mignotte prostrée et sanglotante. Elle leur explique les faits. Son frère est finalement retrouvé sur le faubourg Saint-Martin, hirsute, portant l’épée sous son bras. Deux hommes de la Maréchaussée maitrisent Jacques Mignotte et le placent en prison. Ce procès-verbal est suivi de l’intégralité de l’interrogatoire de Jacques Mignotte. L’on apprend alors, grâce aux divers témoignages, que notre individu n’en est pas à sa première tentative d’homicide ni de menaces ; qu’une dispute a eu lieu entre le frère et la sœur pour une histoire de nourriture. C’est sans doute pour une querelle aussi banale que Jacques Mignotte faillit commettre l’irréparable. Quoiqu’il en soit, beaucoup de questions lui sont posées. A aucun moment il ne laisse transparaitre sa violence et nie tous les faits menant à un attentat.

Sources :

Archives municipales de Beaune, carton 51, n°94